Comment la startup Vertuoso évite la pollution des océans ?

Une startup pour lutter contre les 600.000 tonnes de déchets plastique déversées chaque année dans l'océan 

Benjamin Blanchard et Romain Garcin, les co-fondateurs de Vertuoso, startup accompagnée par le Village by CA PCA depuis Septembre 2021, se sont exprimés à notre micro.

 

  • 1.Une startup née d'une volonté commune "agir pour l'environnement".

 

Est-ce que vous pouvez vous présenter ?

« Benjamin : Nous sommes au Village pour Vertuoso, une startup environnementale qui oeuvre pour l’assainissement du réseau d’eaux pluviales. C’est quelque chose qui nous tient à cœur, et par notre parcours professionnel, nous avons décidé de développer une solution sur une problématique identifiée.

Je suis designer. Romain est chaudronnier soudeur.

Romain : Nous avons développé un système filtrant qui est une cage rigide en inox. Aujourd’hui nous le déployons sur différents réseaux pour filtrer un maximum de déchets avant qu’ils se retrouvent en rivière ou en mer, car 80% des déchets retrouvés en mer proviennent du milieu terrestre. »

 

Comment vous est venue l’idée de collaborer et de fonder cette startup ?

« B : On se connait depuis l’adolescence. En 2019, Romain m’a appelé pour me demander ce que je pensais des déchets dans les milieux naturels.

R : Il y avait énormément d’émissions de radio sur ces « déchets abandonnés » qui se trouvent en bord de route et se retrouvent dans les milieux naturels. »

 

Donc vous aviez déjà une vocation d’agir pour l’environnement ?

« B : Essayer de bien faire fait partie de notre éducation, le premier geste pour l’environnement dont je me souviens c’est ne pas jeter ses déchets par la fenêtre dans la voiture. J’ai eu des prises de conscience au fur et à mesure, par exemple de me demander pourquoi certains fumeurs préfèrent jeter leurs mégots dans les avaloirs plutôt que dans les cendriers. Ce sont des questions qui nous posaient pas énormément de problèmes il y a quelques années, jusqu’à ce qu’on apprenne que le réseau d’eaux pluviales n’était pas traité.

R : Benjamin vous cite les déchets volontairement jetés sur la voierie et en centre-ville, mais il y a aussi ceux du transport routier comme des particules de pneus, ou des déchets transportés à bord de véhicules mal équipés (sans filet pour bloquer les déchets volatiles) et des déchets de poubelles par exemple.

B : Chaque pluie va porter ces déchets dans les milieux naturels. Tous les réseaux d’eaux pluviales transportent les déchets jusqu’à la mer et les océans.

Depuis quelques années, certaines communes font poser des plaques « ici commence la mer » au sol pour créer une prise de conscience collective qui permet aux gens de comprendre et se mobiliser contre ce problème. Nous participerons bientôt, nous-même, à l’installation de ce genre d’éléments dans les villes que nous équiperons. »

 

 

  • 2. Le dispositif de la startup Vertuoso placé stratégiquement pour capter les déchets.

 

Comment fonctionne votre solution ? Comment se différencie-t-elle de ce qui existe déjà ?

« B : C’est une solution assez simple, une « passoire » qui permet de filtrer l’eau de ces réseaux avant qu’ils n’atteignent la mer. On a fait le choix d’une structure métallique inoxydable, qui est pérenne et permet d’accueillir des volumes importants pour pouvoir contenir les déchets jusqu’à ce que la pluie cesse, avant de vider les cages pour les prochaines pluies et donc les prochains déchets. »

 

Notre région est de plus en plus sujet à de forts épisodes de pluie. Est-ce que ce dispositif est capable de s’adapter aux fortes pluies sans être bouché par une trop grande quantité de déchets.

« R : On a cherché à créer un système anti-inondation en y intégrant une surverse pour sécuriser le réseau. En effet, chaque inondation peut être très dangereuse pour les populations mais aussi pour le matériel, et donc créer davantage de pollution. »

 

Où doit être placé ce système pour qu’il soit efficace ?

« B : Aujourd’hui, on procède par système d’entonnoir. On trouve de nombreux avaloirs en centre-ville, qui vont filtrer une partie de l’eau qui arrive ensuite aux exutoires, qui sont beaucoup moins nombreux. Nous avons choisi de nous positionner sur les exutoires car ils permettent de traiter l’eau de beaucoup d’environnements et d’avaloirs en même temps.

On a posé un système de captation en exutoire sur la commune de Draguignan. Nos prochains défis seront de travailler sur des avaloirs en ville au niveau des espaces routiers et sur des systèmes intermédiaires.

R : Chaque ville a déjà un réseau existant et unique, on doit donc adapter nos solutions aux réseaux pour proposer l’offre la plus performante. »

 

 

  • 3. Les communes et communautés de communauté, clients de la startup Vertuoso, ont pris conscience du problème des déchets en eaux pluviales.

 

Vos clients principaux sont donc les communes ?

« B : Ce sont les communes, les communautés de communes, les communautés d’agglomération, selon le degré de délégation des compétences. »

 

Vous ressentez que c’est aujourd’hui un sujet important pour les communes ?

contre ce problème. On participera bientôt, nous même, à l’installation de ce genre d’éléments dans les villes que l’on équipe. »

 

« B : Ce n’est déjà plus un sujet tabou, et les villes prennent conscience de ce problème. La démarche de nous contacter et de chercher une solution part d’une initiative environnementale. »

 

Une rivière traverse naturellement plusieurs communes. Est-ce que pour que ce type de dispositif soit efficace, il doit découler d’un effort collectif de celles-ci ?

 

« R : Il faudrait traiter toutes les communes, puisque chacune rejette énormément de déchets. Contrairement aux marées noires, par exemple, on ne perçoit pas vraiment les déchets rejetés en mer puisqu’ils sont diffus. Donc même si on ne le perçoit pas, chaque ville devrait être traitée puisqu’elle pollue le cours d’eau à son échelle.

B : Si on arrive à traiter les canaux en amont, dans chaque ville, et pas que dans celles en bord de mer, on arrivera réellement à quelque chose de performant et efficace pour la mer et les océans.

R : Lorsqu’on a commencé, on pensait ne récupérer que du plastique, on a été choqués par la « mélasse » huileuse de déchets organiques et de feuilles que l’on récoltait. On est en train d’étudier ces déchets, on imagine que c’est de l’usure de la voierie (hydrocarbures, huiles, particules de frein, de pneumatiques, etc.). » 

 

 

  • 4. Le recyclage des déchets et le modèle économique de la startup Vertuoso.

 

Une fois que les déchets sont récupérés, comment sont-ils recyclés ?

« B : On travaille avec entreprises qui sont des centres de revalorisation des déchets, qui les traitent avec les matières les pertinentes possible. »

 

Est-ce que vous prévoyez d’équiper votre solution d’un objet connecté donnant des informations sur le taux de remplissage ?

« B : En effet, dans un futur très proche on va commencer à installer nos premiers capteurs permettant de connaître le taux de remplissage grâce à quelques relevés par jour qui donneront la capacité de captation en fonction du niveau d’eau par exemple. Ils permettront aux villes de se connecter, et nous permettront d’étudier les meilleures stratégies possibles pour le traitement des déchets. »

 

Quel est votre modèle économique ?

« B : Il n’est pas encore défini précisément, notre but est simplement de créer des technologies simples et innovantes. On est encore en période de tests qui nous permettront de cibler au mieux notre business. »

 

 

  • 5. Un accompangment par le Village by CA PCA et une projection sur le futur.

 

Quelles ont été vos motivations pour rejoindre le Village by CA PCA, et qu’est-ce que vous avez déjà pu y trouver ?

« B : La première motivation est que le Village est, pour moi, un accélérateur assez emblématique, assez magique d’un point de vue extérieur. En ayant rejoint le Village, on se rend compte que c’est une méthode efficace qui permet de développer une stratégie, d’avancer. On est d’ailleurs actuellement en train d’étudier la question du business plan de Vertuoso.

R : Moi-même qui étais assez sceptique au début, je comprends un peu plus l’intérêt du Village chaque jour où je viens ici. On apprend énormément, les échanges sont très importants. »

 

Comment vous voyez la startup Vertuoso dans 1 ou 2 ans ?

« B : On aimerait avoir déjà traité la France entière et s’attaquer à l’international. Mais la première sera de mettre au point ces technologies nécessaires pour traiter au mieux les déchets.

R : On voudrait également s’axer sur des gros réseaux comme l’Huveaune  à Marseille qui fait des rejets au niveau des calanques. On voudrait donc apporter une solution filtrante performante et des surverses au niveau des plages, puisqu’on a entendu récemment dans les médias qu’énormément de déchets ont fini dans la mer suite aux fortes pluies. »

 

 

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